La politesse de l’autruche ?

Un spécialiste animalier nous rappelle qu’il faut être sot pour penser que les autruches se fourrent la tête dans le sable en cas de danger. Elles y étoufferaient. En revanche, comme elles sont de grande taille et qu’elles peuplent en général des zones de végétation basse et rare, en cas de risque imminent elles se tassent au sol. Il n’est jamais vain de rétablir la raison, surtout quand elle est compromise par l’insupportable ritournelle des croyances vagues. Ainsi l’autruche n’est pas plus stupide ou lâche, le tigre sanguinaire ou sournois, le porc sale ou obtus, le serpent perfide ou vil que vous ou moi.

On remarque ici combien les hommes sont prompts à reporter sur les animaux la honte qu’ils éprouvent de leurs propres faiblesses. On sait aussi qu’ils ne s’en tiennent pas à confectionner un exutoire de leurs propres turpitudes que sous la forme d’un bestiaire : en témoignent les juifs avares et rapaces, les arabes rustres et voleurs, les russes alcooliques et violents, les noirs attardés et les chinois déferlants. Les riches font quant à eux sur les pauvres des chansons cruelles et les pauvres sur les riches des tirades définitives. Bref, il n’est pas de pire ennemi pour quiconque que quiconque.

Or ce grand procès perpétuel et généralisé ne vise bien qu’à nous exonérer, nous tous et chacun, de nos propres hontes et de nos propres peurs en les extériorisant dans une espèce, une classe, un peuple, une religion ou même un simple individu différents : le but ultime de ce grand cinéma est de nier que le mal ou sa possibilité traversent chacun de nous.

A contrario de cette manie universelle, l’Eglise nous appelle à nous reconnaître pécheurs.

Cette terminologie sonne tellement ringard que je veux bien parier qu’elle connaîtra avant peu un retour de faveur, si ce n’est de ferveur, dont j’aimerais qu’il ne soit pas du qu’à l’effet de mode que suscite de nos jours ce qui justement paraît démodé.

J’ai péché, dit le credo, en pensée, en parole, en action ou par omission. Eh bien, contrairement à ce que prétendent unanimement les bons esprits du siècle, dominés hélas par l’ironie et la dérision, ne croyez pas que ce simple aveu d’être pécheur entraîne un accablement : il provoque plutôt un grand soulagement. En effet, seule la vérité affranchit.

Et à ce grand soulagement, succède une révolution spirituelle personnelle considérable : l’abolition de la glorification de soi, dont le pendant est toujours le mépris de l’autre.

 Sauvagement, le 1 septembre 2010.

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Déchéance nationale

Ce qui frappe dans la politique du gouvernement n’est pas tant sa grande retenue et sa subtilité, que cette manie de s’arrêter en chemin sur la voie des réformes nécessaires : priver de la nationalité française les seuls assassins de gendarmes est en effet une demi mesure. Et les caillasseurs de pompiers, alors ! Et les voleurs à la tire du sac de ma mémé ! Méritent-ils, eux, de rester français ? Non, pour éviter le risque de valider comme françaises de droit des turpitudes non moins honteuses que le sulfatage des képis, je propose que la déchéance nationale s’applique, en sus des catégories suscitées, aux bas escarpes suivants : capitalistes apatrides fraudant le fisc dans les grandes largeurs, actionnaires rapaces exigeant des niveaux de rentabilité sans rapport avec le contexte économique, curés et autres clercs au goupillon par trop dégoupillés en présence d’enfants, syndicalistes bêlants ne pensant qu’à maintenir voire augmenter les effectifs des administrations, gauches irresponsables leur emboîtant le pas ou inversement, banquiers essorant sans vergogne les comptes des classes intermédiaires à coups d’agios, prêteurs à taux usuraire, ingénieurs falsifiant le niveau de risque nucléaire, chirurgiens inventant des vésicules enflammées pour financer l’extension de leur villa sur la rade, garagistes rebouchant mal les carters à huile,  boulangers collant leurs mégots dans la farine, chefaillons, miss de villages, épiciers aux fruits rances et bouchers à l’émeri, tous ceux là et bien d’autres devraient être déchus sans tarder et reconduits à l’improbable frontière séparant la terre de la vertueuse et droite raison (j’ai nommé la France) de l’aire des passions vaines (le reste du monde).

Ce faisant, notez qu’il est probable que je vous écrive bientôt depuis l’étranger.

Sauvagement, le 16 août 2010

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Le régime est corrompu mais il n’est pas le seul

« Bon appétit, messieurs ! – Ô ministres intègres !
Conseillers vertueux ! voilà votre façon
De servir, serviteurs qui pillez la maison !
Donc vous n’avez pas honte et vous choisissez l’heure,
L’heure sombre où l’Espagne agonisante pleure !
Donc vous n’avez ici pas d’autres intérêts
Que remplir votre poche et vous enfuir après ! »

Vous auriez beau jeu de me taxer de désinvolture et de paresse à me voir emprunter au Ruy Blas de Victor Hugo les mots qui conviennent le mieux à décrire les tribulations politiques du moment. Mais si je le fais, c’est pour souligner que ce genre n’est pas nouveau, et que même il est de toujours et de partout.

Et savez vous pourquoi ? Parce que pour qu’un régime soit corrompu, il faut certes que les princes le soient, mais pour que les princes le soient, il faut aussi que le peuple le soit.

Ceci fait un peu moins plaisir, n’est-ce pas ? Vitupérer Sarkozy, admonester Fillon, compisser les ministres, vouer les administrations aux gémonies et maudire les nababs, voilà un facile exutoire pour chacun de nous. Mais se demande-t-on ce qu’il sert à purger ? Nos propres renoncements, nos quotidiennes lâchetés, nos penchants tristes, notre manque de cœur, notre étroitesse d’esprit et notre quasi absence de foi.

Bon ! N’empêche qu’il y a deux ou trois dizaines d’huiles qui mériteraient bien un coup de sagaie dans les fesses.

Sauvagement, le 1 juillet 2010

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Israël : état pirate

Le "Mavi Marmara" au large de Chypre, quelques jours avant l'assaut israélien.

Je suis un ami d’Israel : peuple d’un projet du vivre ensemble, démocratie vivante dans un océan de tyrannies enturbannées, surpopulation de savants et d’hommes de lettres. Comment ne pas applaudir ? Le problème est que son gouvernement actuel est le premier ennemi de cet idéal. En asservissant un autre peuple par le tracassin frontalier, les ripostes disproportionnées au moindre jet de pierre et l’assèchement économique, le Likoud ruine non seulement les chances de la paix mais aussi celle de l’avenir du pays dont il a malheureusement la charge. La paix, on peut l’éviter : ce slogan officieux des faucons semble constituer sa seule ligne de conduite.
Quoi faire alors ? Appliquer la doctrine de feu Rabin : négocier avec les Palestiniens comme s’il n’y avait pas de terrorisme et combattre le terrorisme comme s’il n’y avait pas de négociations.
Au lieu de cela, le gouvernement paranoïaque de Bibi saisit toutes les chances de foutre par terre la paix en torpillant les institutions naissantes du futur état palestinien.
En massacrant une bande de militants en haute mer, il vient de franchir un cran : celui au delà duquel il convient de tout simplement lui appliquer, à lui, des mesures anti-terroristes de bon aloi.

Sauvagement, le 1 juin 2010

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Retraite aux lambeaux

Il est un mystère plus insondable que le boson de Higgs ou la construction des pyramides : l’art de l’actuel gouvernement pour forger l’opinion commune, balader les syndicats, ridiculiser le PS et ranger les autres oppositions au rayon des produits exotiques. Ainsi, sur les retraites, nous voici bientôt tous convaincus, que cela d’ailleurs nous exalte ou nous afflige, qu’il faudra travailler plus longtemps pour avoir droit à une retraite complète.

Il y a beaucoup d’arguments de principe et aussi beaucoup d’arguments pratiques qui détruisent cette thèse : je ne les reprends pas ici, vu leur insuccès universel.

Or il en est un autre, que je n’ai jamais entendu nulle part.

On tire de l’allongement tendanciel de la vie que nous devions travailler au delà de 60 ans, mais s’est on demandé si l’allongement de la vie ne résultait pas de ce que nous ne travaillons plus au delà de 60 ans ?

Oui, derrière les rideaux de fumée du gouvernement et les entrechats de l’opposition, on devine le plus beau cas de machine paralogique à rendement négatif de l’époque contemporaine : si je vis plus longtemps, il faut que je travaille plus longtemps ; oui mais si je travaille plus longtemps, alors je vis moins longtemps. Donc si je veux vivre plus longtemps (ce qui n’est d’ailleurs pas une fin en soi, contrairement à ce que répète à l’envi l’écervelé troupeau), alors il faut que je travaille moins longtemps.

La sagesse commande donc qu’on trouve un âge raisonnable à partir duquel s’équilibre les exigences de la production et celles de la vie. Ah tiens, on vient de réinventer la retraite à 60ans !

Sauvagement, le 1 juin 2010

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